Année  Verdi

 Un Bal Masqué triomphal  aux Chorégies d’Orange

    Le Bal masqué est avec Simon Boccanegra et Falstaff  un des opéras les plus intelligent et le plus sensiblement humain de Verdi. Nulle fanfaronnade, pas de déploiement de faste à la Hollywood. Une orchestration d’une élégance raffinée, un texte et une histoire crédibles.

Construit d’après une pièce à succès de Eugène Scribe il y est relaté une partie des évènements  de l’assassinat de  Gustave III de Suède lors d’une Bal Masqué à l’opéra de Stockholm en 1792.François Esprit Auber en 1833 avait exploité la pièce de Scribe pour en donner un opéra, qui se joua avec succès.

Verdi eut Antonio Somma pour librettiste, mais à Naples la censure refusa l’œuvre au motif qu’il était impossible de représenter l’assassinat d’un souverain sur scène.

 

Il fallut transposer l’argument à Boston ! Il est vrai que là où l’on élit les hommes politiques ; on a bien le droit de les montrer assassinés !

Je ne retracerai pas le livret qui est lisible sur internet ou accessible en français dans toutes les librairies et disquaires.

Les Chorégies d’Orange bien inspirées[1]nous offraient avec relais à la télévision une représentation absolument  exceptionnelle tant par la mise en scène que par l’orchestre, les chœurs et la direction d’orchestre .Ajoutons que Jean François Ziegel pour la télévision en a fait une présentation musicologique et pédagogique accessible à tous et particulièrement soignée et intelligente.

Nous voici donc sur une scène au parquet bleu lumineux et sobre avec pour seul décor le mur antique, ses colonnes de porphyre et ses pierres de tailles. Quelques bancs simples tapissés de cuir. De somptueux costumes pour le Bal final et pour le reste de l’action un heureux mélange de costumes contemporains et de costumes de l’époque.

On a replacé l’opéra dans sa direction d’origine, il s’agit bien de l’assassinat du Roi au cours d ‘un Bal masqué.

 Honneur au Roi (Riccardo) chanté par Ramon Vargas dont c’est un des rôles privilégié[2].Nous avons enfin entendu un authentique ténor lyrique de haute lige à Orange ce qui ne nous étais pas arrivé depuis une vingtaine d’années. Ramon Vargas (53) en pleine forme vocale a déployé un ambitus à quinte aigue triomphante et parfaitement juste. Le timbre si proche par moment du regretté Pavarotti possède cet attrait légèrement accrocheur que l’on mémorise avec juste ce qu’il faut d’harmoniques et de vibrations sensuelles. Son expression et son phrasé comme son jeu de scène reflétant une technique vocale et un souffle  maîtrisés et souverains parvient à nous émouvoir jusqu’au fond de l’âme. Il est cet homme, ce souverain en proie à une passion irrépressible qui sourit du seul sourire baigné de larmes de celle qu’il aime. Il meurt  sobrement, fatalement défendant son honneur et sa vertu comme celle de celle qu’il aime. Rarement un chanteur parvient avec sobriété à une telle puissance d’expression de sentiments.

 La jeune Kristin Lewis  chante Amelia (épouse  de Renato ,aimée follement de  Riccardo) étonnante dans le Requiem de Verdi au Mai musicale de Florence en 2011 sous la direction de Zubin Metha, présente un timbre  d’une rare fraîcheur  associé à un riche medium . La gaine vocale et l’ambitus ont de la ressource comme le souffle. Une excellente technique comme toute américaine. L’aigu très fleuri est vibrant et monte avec aisance, un léger vibrato n’en affectant jamais la justesse. Jolie à voir elle joue sobrement son rôle dont elle n’exagère aucun des traits tragiques ,sachant en  exprimer le dualisme et la tension passionnelle continue  par une expression tendue et forte . Ajoutons que ses diminuendos et ses  écarts de registres sont parfaits. Voici une dame que l’on aimera réentendre et revoir tant son Amelia a montré de caractère et de grâce.

Autre remarquable interprétation celle de Anne Catherine Gilleten Oscar. Une silhouette très svelte pour ce Page de caractère. Car Oscar ne minaude nullement et A.C.Gillet  a montré le même engagement, la même détermination qu’en d’autres rôles, je me souviens du Dialogue des Carmélites à Avignon avec bonheur. Féminine et d’une mâle attitude, volontaire et spirituelle, elle domine sa partition comme elle jouerai du hautbois. Avec ce timbre chaud et clair, ce medium parfait de sonorité et de largeur fuselée. Cet aigu direct et rond qui passe l’orchestre.et cette expression maîtrisée d’un rôle androgyne auquel sa nature  puissante bien dirigée la dispose à l’excellence. J’aimerais qu’elle s’attaque au Romeo des Capuletti Montecchi ! Mais elle n’aime pas Bellini. Alors, si un jour elle croise un rôle de mezzo dans Rossini ! Idreno ! Qui sait.

Pas dans ses bons jours Lucio Gallo pour un Renato  physiquement et scèniquement crédible, mais dont l’ambitus vocal en nette chute de puissance, le timbre déjà voilé et l’énergie vocale en perte de puissance ne permet pas d’apprécier de façon favorable l’interprétation. Je ne l’ai d’ailleurs jamais entendu excellent.

Nicolas Courjal en Ribbing campe son personnage avec autorité et caractère ; la voix au timbre approfondi a pris de l’ampleur et du piment.

La plus étonnante tout de même fut Sylvie Brunet, somptueuse Ulrica au charme vénéneux et fascinant .Et quel costume que cette robe à cape, une harmonisation de satin et voile bleu navy  dans lequel elle se tient telle une reine de la nuit à la chevelure argentée de lune. Pour elle un décor superbe, un boule de papier  beige géante avec les signes du Zodiaque .Vocalement elle domine sa partition avec une puissance et une richesse harmonique stupéfiantes. Les graves en profondeur veloutée d’une énergie incisive et douce ,pénétrante ,inouïe ! Et l’aigu fusant ,dominateur ,timbré large. Je l’ai déjà entendue chanter à merveille notamment à Athènes, Sylvie, ici sur cette scène et dans ce costume elle m’a donné la chair de poule. Une fabuleuse Ulrica. Inoubliable. Je suis heureuse de l’avoir enregistrée. Elle a su émouvoir et effrayer. Magnifique chanteuse qui fait sa carrière à l’étranger.

 Alain Altinoglu à la tête de  l’Orchestre de Bordeaux Aquitaine, dont j’ai retrouvé avec bonheur les sonorités chaleureuses, ce lyrisme libre ,pourtant discipliné et affectueux avec la musique ensoleillée de VerdI.A.Altinoglu ,des plans sonores d’un équilibre idéal.Une partition lue avec  enthousiasme ,un accompagnement des chanteurs attentionné .Altinoglu si talentueux ,lyrique ,d’une empathie remarquable avec l’orchestre et capable de passer du lied de Duparc comme pianiste au Don Giovanni de Mozart !Un grand chef !La musique lui est une seconde nature.Il  a su mesurer sa sonorité avec le théâtre antique d’Orange avec une parfaite aisance et un don de l’équilibre idéal. A la deuxième représentation la pluie s’en est mêlée ! Par bonheur nous l’avons enregistrée. Les chœurs associés comme pour le Vaisseau fantôme furent excellents.

La mise en scène de Jean Claude Auvray est intelligente, parfaite pour la direction des acteurs  et bien dans le ton de l’œuvre de Verdi avec son somptueux tableau final. Il y eu quelques grincheux ! Signe de succès durable.

Une superbe réussite. D’un autre genre que celle du Vaisseau fantôme. Les Chorégies d’Orange ont été au top niveau des Festivals cette année.

Amalthée

 

 

 



 [1] 2013 est un apogée pour ce Festival qui a déjà donné un Vaisseau Fantôme de Wagner d’exception.

[2] Il le chantera à Vienne en Février après avoir chanté Don Carlo sur la même scène.

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Hélène Cadouin
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