Maria Stuarda
Opéra de Donizetti
Une grande première au Met
La soprano américaine Joyce di Donato au sommet de son talent nous offre une interprétation prise sur le vif qui la rend inoubliable et incomparable.
Paru chez Erato en début d’année.Un superbe DVD qui fait date dans l'interprétation du rôle titre mais également de la production de l'oeuvre ainsi entrée au répertoire du Met
Le destin tragique de Marie Stuart, fille de Jacques V, reine d’Écosse et reine (consort) de France[1], alimenta la littérature et l’opéra. Fille de Marie de Guise, elle eut pour fils de son époux Lord Danley, Jacques VI d’Écosse auquel la Reine Élisabeth 1ère légua son trône car elle n’eut jamais ni époux ni héritier. Avec lui, la dynastie des Stuart s’installa sur le trône d’Angleterre.
Marie monta à l’échafaud à l’âge de 44 ans. Loin de la blancheur de l’hermine, Marie ne méritait pas un sort aussi effroyable que connurent d’autres souverains anglais après elle, Elle le dut en partie à sa beauté comme à son pouvoir de séduction sur les hommes, et ainsi, enflamma la jalousie de Élisabeth 1ère (Tudor) laide à faire peur. Ainsi par crainte de se coir supplantée un jour, elle traita sa cousine de la même façon que son père Henri VIII en fit avec sa mère Anne Boleyn. Marie Tudor, également fille de Henri VIII[2] qui avait précédée Élisabeth fut surnommée la Sanglante ! Il existe des familles au destin tout tracé.
Rappelons que Elisabeth 1ère, sous la pression des Communes, fit exécuter Marie Stuart, de bon cœur, imprudemment compromise, au cours d’un complot ourdi contre elle. Mais les mobiles demeurent ceux d’un crime politique.
Le tombeau de Marie Stuart se trouve à Westminster.
L’opéra de Donizetti se situe dans la dernière décennie de la vie de Marie, alors qu’elle est en résidence restreinte ayant cherché après son abdication comme reine d’Écosse, en Angleterre.
Apparaissent autour des deux femmes leurs conseillers et leurs proches. Et de nombreux personnages tenus par le Chœur.
Entre les deux femmes la haine et le mépris tissent l’ordinaire des relations. Un état d’esprit et un mode de pensée normal pour cette Cour, autour d’un trône arrachée de haute lutte par la fille d’Henri VIII dans une époque trouble sur fond d’opposition entre les catholiques et la religion anglicane inventée par le Henri VIII pour pouvoir se séparer d’une ou deux de ses épouses sans avoir pu les faire passer au fil de l’échafaud.
D’autre part Marie Stuart estime que la Windsor est une bâtarde et pratique une religion plus que discutable.
L’époque romantique, se réfère en matière de livret, à l’Histoire et aux œuvres théâtrales ayant obtenu le baptême du public. Ici nous sommes dans le monde du dramaturge allemand Friedrich Schiller .À considérer que la traduction et la mise en état en italien par le librettiste Giuseppe Bardari doit réserver aux rôles un impact dramatique de première grandeur et permettre à la beauté des voix comme à leur développement de parvenir aux meilleur de leur talent.
Pour la première fois cette œuvre entre au répertoire du célèbre Métropolitain opéra de New York.
Et l’on peut affirmer que cette entrée demeurera mémorable car Joyce di Donat, qui y accomplit sa prise de rôle, créé une Marie Stuarda austère et forte, de flammes et de larmes d’une intensité tragique et d’une grandeur incomparables. Déjà dotée de tous les compliments et de tous les honneurs dus à son talent de véritable actrice vocale. Reconnue pour son agilité et sa versatilité parfaite –du répertoire baroque au rossinien le plus délié- pour son génie de la transformation à vue et son naturel réinventé Joyce di Donato avec ce personnage d’un caractère et d’une dimension tragique formidable atteint sa pleine mesure, dépassant tout ce qu’elle a déjà accompli.
En effet, passé le premier tableau, Marie demeure en scène durant le reste de l’opéra. Noble et vibrante présence ,cette reine élégante de gestes et de sensibilité exprime sans heurts dans toutes les nuances la tendresse ,le renoncement, l’humilité et la colère la plus démesurée avec une stabilité vocale époustouflante (Scène face à Élisabeth).En un souffle qui module et s’enflamme avec une loyauté de jeu atteignant l’authenticité tragique réelle et naturelle d’une musicalité absolue, d’un chant au timbre éclatant de cuivre ardent, qui s’exprime intense et mordant : expression de chaque minute de cette vie qui fuit au fil de l’épée des sentiments avec une rare profondeur. Cette voix comparable à un somptueux instrument sur trois octaves, dépasse et absorbe toute difficulté d’ écart ,de phrasé, de prosodie, s’accorde des mezzo voce infinitésimaux et un legato troublant par son étendue. Quant aux aigus, aux portés, ils atteignent la fulgurance et la densité d’éclairs et de foudre dans un ciel serein. La richesse de cette voix en harmoniques est stupéfiante. Et il y a aussi, ce que seule Joyce di Donato , aujourd’hui, comme hier une Tebaldi ou une Simionatto le firent : nous offrir cette impression , cette émotion du miracle ! D’assister à une tragédie au
“ Parler déclamé“ d’un rôle musicalement distillé elle une tragédienne de théâtre le fait, mais en empruntant la voix impériale du chant. Ce chant qui s’élève au delà de toutes nos attentes. Unique en un instant qui jamais ne reviendra où la personne qui le porte par delà l’orchestre se détache à l’infini et l’y tient aussi captif dans sa lumineuse aérienne et incandescente splendeur.
Il faut revoir et réentendre à écran fermé sa dernière scène et pleurer ! Il faut regarder son affrontement avec sa mortelle ennemie, Élisabeth, et vibrer de sa colère. Il faut avoir ce désir de pleurer de cette souffrance noble et épurée avec elle, pour comprendre ce que cette prise de rôle en Marie Stuarda représente pour Joyce di Donato et qui la rend unique.
Face à elle l’Élisabeth de Elza van den Heever, un soprano ample et montant haut sans défaillir, est parfaite. Le timbre riche, l’expression exacte et naturelle dans le style cruel et perfide de la femme dominatrice et perpétuellement tendue d’un sentiment d’infériorité et de laideur. Pour elle aussi les jeux de scène et l’implication psychologique du personnage sont excellents.
Sans un manque et jouant de son timbre assez raide Matthew Polenzani campe un Robert de Leicester de haut niveau.
Revient à Matthew Rose de fermer le ban des quatre principaux personnages par un Lord Talbot .Longue et souple voix grave et sensible, portant large au dessus de l’orchestre, ce chanteur au timbre clair atteint de beaux graves expressifs et déclame son rôle avec une fiabilité expressive raffinée.
Les chœurs d’une homogénéité et d’une musicalité remarquables, tous comme les autres rôles secondaires sont à la hauteur de l’orchestre du Métropolitain opéra. Ici rien ne s’évade vers l’à peu près ! Chaque soirée est unique et fabuleusement bien montée.
Le chef Maurizio Benini dirige cet orchestre d’une main assurée et intelligente. Ce musicien dans l’âme conduit les chanteurs avec bienveillance et attention et fait confiance aux instrumentistes de la fosse. Une bien belle équipe !
La mis en scène de David mac Vicar correspond à l’époque d’une manière soignée et inspirée dons un décor stylisé et profondément évocateur.
Voici un opéra filmé avec toutes les précautions de restitution du vivant et du direct qui vaut d’entrer dans toute discothèque d’opéra.
Le son est naturel sans réverbération.
Une soirée de rêve dont vous aurez un aperçu en allant entendre une des ultimes scènes par cette interprète sur le site annoncé sur internet grâce à You Tube.
Plutôt que de subir certains spectacle de festival que je ne citerai pas, voici pour une somme raisonnable un dvd qui vous apportera un immense bonheur d’écoute.
Amalthée
DVD ERATO
Warner Classics
Maria Stuarda de G.Donizetti
Metropolitan Opéra Janvier 2013
[1] Elle épousa François II le fils de Henri II en 1559 .Ce dernier mourut l’année suivante.
[2] Un habitué de la condamnation à mort de ses épouses !