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Don Giovanni

Mozart,  da Ponte et Cie

Chez Bel Air Classique

 

 

Le véritable génie n’a nul besoin de travestir l’œuvre de ses prédécesseurs pour exister.

La discussion sur la nécessité de paraître moderne à tout prix est un serpent de mer.

Depuis des siècles ressortent ça et là des tentatives de mises en scènes de théâtre et d’opéras qui trouvent  admirateurs  comme  sévères critiques.

En 2018, au Festival d’Aix en Provence, le metteur en scène russe Dimitri Tcherniakov s’en prenait au Don Giovanni de Mozart .

 

Le Freiburger Barokorchester  sous la baguette incisive de l’excellent Louis Langrée donne le ton le plus vif et grinçant dès l’Ouverture.

La distribution à elle seule suffit à écouter. Surtout à s’évader du quotidien grâce à l’opéra et à la musique.

La Donna Anna de Marlis Petersen subjugue par instant l’auditeur spectateur, par un chant d’une implication au personnage tragique et communicatif. Tout est chanté à la perfection sur le plan technique avec des aigus d’une altitude confondante et un medium  fruité. Elle ne crie jamais , demeure excellente musicienne, et sa prestation ressemble à un long gémissement dont il semble qu’elle ne s’extraira jamais en raison de ses hésitations sensuelles et amicales.

La Dona Elvira de Kristine Oppolais,  domine l’exceptionnelle distribution féminine  d’un saut de puce. La voix  dorée, lumineuse, conduite comme un instrument, est d’une  souplesse étourdissante et donne l’impression d’un chant sublime. Elle parvient , par la perfection de son phrasé et de son expression  à figurer la victime consentante, réduite à néant par son amour inconditionnel face à Don Giovanni, à nous faire vraiment croire qu’elle lui pardonne tout, par avance, malgré l’avalanche de preuves de la noirceur de ce bourreau  qu’elle adore !

Ravissante  Zerlina  interprétée par  Kerstine Avemo. Rieuse, ébouriffante, coquette vite montée en séductrice au double jeu coquin. La voix est très subtile, la technique vocale parfaite et le tempérament bien assis. Elle brise la Jalouse colère de Mazetto de sa voix flutée, ironique, comme par enchantement.

Côté masculin  Don Giovanni bénéficie d’un Bo  Skovhus  plutôt sur le “retour“ de flamme sur le plan physique. La voix est encore belle  la technique vocale toujours s’un style ^parfait. La couleur et l’amplitude y sont, le medium et les notes  graves clairs. Mais l’expression est pesante, sans grand charme. L dégaine physique peu appétissante.

En revanche Kyle Petersen  signe ici un Leporello  qui traverse le temps. Il est le seul à ne pas souffrir de la mise en scène ! La voix est d’une qualité rare. À la fois éclairée de l’intérieur et percutante. Ses attaque sont impeccablement dosée en expression et ii virevolte sans erreur entre l’expression d’une apparente soumission servile à son “padrone“, la rage de servir un faquin, d’en dépendre sur le plan matériel et tout de même le contentement momentané mais supérieurement  jouissif de vivre un spectacle  “gargantuesque“ , quelquefois grotesque ou sordide. Dont il percevra jusqu’à une peur panique, révulsive l’infernale dimension.

 Colin Balzer chante superbement le rôle très délicat de Don Ottavio. Il rappelle à ceux qui l’ont vu et entendu Léopold Simono Canadien comme lui et ténor de légende[1] dans cet emploi. Il parvient à ne pas être à la recherche d’une posture traditionnelle qui voudrait que le fiancé de Donna Anna serait un pâle figurant assez facile à berner.

Vocalement, il engage avec  une assurance tranquille,  une voix au timbre chatoyant , à l’aigu bien timbré doublée d’une  technique musicalement parfaite de chanteur de Lied et de Cantates sacrées et profanes. Le phrasé et l’expression d’une parfaite et juste élégance d’expression et de style. Physiquement il apporte à ce personnage une attitude réservée, noble et digne. Digne et fier cet homme devine l’émoi et le déséquilibre que  Don Giovanni a semés. Il attendra que les vagues furieuses s’apaisent, prenant une certaine distance avec le drame qui se joue devant lui sans en mépriser l’impact.

Mazetto est campé avec beaucoup de nuances, de jeunesse et  d’à propos par David Binic  

On se paye le luxe D’Anatoli Kotscherga pour le personnage tutélaire, père de Donna Anna, du Commandatore. Et il est parfait.

De la mise en scène je dirais peu, sinon que “La belle affaire“ que voilà ! Un pardessus beige genre poil de chameau pourèbnv! le “Burlador“ de Séville[2], des jeans un peu à chacun, une bonne coiffure pour les dames. Une décor “ grands bourgeois“ vu par les soviétiques. Les personnages ne sont pas en rapport de “padrone“ à “servitore“ …  ce qui fausse les échanges et  la portée des paroles et des actes. Comme l’impact réel de l’ odieux personnage de Don Giovanni, plutôt banalisé que stygmatisé, alors  qu’il demeure avant tout un mythe dénoncé d’ “abuseur“ et “violeur“..

Mais désormais nous prenons souvent l’habitude de ne pas retenir compte des inventions des metteurs en scène. Ce qui compte av       nt tout ce sont les chanteurs et l’Orchestre et pour cela nous sommes vraiment bien servis.

Vous pouvez entendre la quasi totalité de ces interprètes sur You Tube dans des interprétations diverses ainsi que leur biographie.

Bonne écoute

Amalthée

 



[1] Voir sur internet la longue et magnifique carrière de ce maître du chant qui fit les beaux jours d’Aix, Salzbourg et bien entendu l’Amérique du nord, du sud et le Canada dont il était natif.

[2] Titre de l’œuvre originale de Tirso de Molina qui écrit le drame en 1630 ? le fait jouer avec un tel succès qu’il devint un mythe dont s’emparent Molière, Goldoni, Gluck, da Ponte et Mozart etc

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Hélène Cadouin dite "AMALTHÉE"

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