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Sur ARTE concert en différé

Nous sommes habitués à voir Aïda dans les fastes d’une Égypte ancienne de légende.Beaucoup de figurants et des pyramides . Ajoutez l’effet du plein air d’un soir d’été ! Et vous serez presque au cinéma.

 

C’est oublier la sublime musique de Verdi dont Christian Thielemann et ses complices ont ciselé toutes les nuances, de l’évocation de la gloire militaire au murmures d’amour sans omettre les tensions et les affres de sentiments et affects tristement, tragiquement humains.

Voici une lecture de la tragédie à l’antique ! Serrée sur ses trois personnages principaux, dans des lieux étroits mais profondément évocateurs qui invitent au partage et viennent habiter spontanément sans artifice l’esprit du spectateur . Sans que nul ne  soit distrait par des effets superflus, bien que souvent agréables. Le drame allant à son paroxysme irrémédiable de toute sa puissance mortelle et pure.  

La scène su Semperoper de Dresde (Allemagne-Saxe) est  accueillante aux sobres et  ingénieux décors et costumes de  Ezio Toffulotti  pour la mise en scène réaliste et fidèle à l’esprit de l’œuvre de Katharina Thalbach.

L’idée générale est d’installer la tragédie dans l’ atmosphère intime et universelle à la fois, de l’ancienne Égypte telle que les textes et archives de pierre nous le permettent. Tout le secret des échanges entre les personnages est lisible , mis en valeur au delà de la pompe et de la guerre qui occupent le peuple, les guerriers, les dignitaires et les prêtres. Les scènes guerrières et triomphales montées  retenues, les réactions individuelles exposées. Il n’y aucun moment de “poudre au yeux “ et les trompettes “primitives“ sonnent en écho parfait de cette époque très ancienne où l’être humain semblait un pion dans la main des Dieux !

Jouer  dans la plus belle ville d’Allemagne l’un des opéras ( avec Carmen) les plus connus du répertoire relève du rêve ! Christian Thielemann chef et directeur musical du fameux orchestre Staatskapelle  de Dresde a parfaitement réussi, nous  permettant  de voir cet ouvrage d’habitude représenté dans des déchainements “pharaoniques“ digne des productions Hollywoodiennes ( Arène de Vérone chaque année et autres théâtres antiques)  dans de sobres atours . Dignes des espoirs de G.Verdi, qui voulait que l’opéra soit populaire à l’aune des  souhaits des amateurs d’opéra.

Aïda est loin d’être un “péplum“ ! Il s’agit  d’une tragédie du devoir et du pouvoir royal, autocrate guerrier qui se prennent pour des Dieux,[1] face aux sentiments amoureux de simples mortels. Sur le plan psychologique l’intrigue de l’égyptologue Mariette reprise par Antonio Ghislanzoni est plausible et concerne  voire interpelle tout homme ou femme depuis la nuit des temps .

Ainsi que vous pourrez le voir et l’entendre la distribution choisie pour ces représentations de Dresde est remarquable.

En Aïda la soprano bulgare Krassimira Stoyanova donne son ton de dignité giflée courbée par l’adversité à cette princesse devenue esclave de la Cour égyptienne à la suite des défaites militaires de son peuple éthiopien . Le timbre est mûr éclairé de lumière sombre et l’expression en permanence striée  de douleur. La voix est somptueuse  et comme l’allure, la composition du personnage en scène très retenue, voir peureuse. Tout en elle attire la compassion. Le costume qui lui a été attribué ne la met pas en valeur ! Dommage.

Le ténor Francesco Meli  campe un Radames à la fois fervent et puissant. La voix est très structurée, gainée et stable, l’aigu facile, l’expression élégante et sobre.

L’Amneris de Oksana Volkova a tout le charme et la voix d’une femme assurée de son succès. Tout est en place, musicalement  très bien chanté. Cette jeune mezzo dont le raffinement psychologique n’est pas le plus bel attrait  manque de velours et de largeur au  medium.

Reconnaissons à  Georg Zeppenfeld  une dimension exceptionnelle en Ramfis. Lorsqu’il intervient on n’entend et ne voit que lui !Il  fait de son rôle un pilier du drame. Sa voix superbe de basse souple et  sombre, aux harmoniques  raffinées. Son expression nuancée au phrasé élégant, justement mesuré en fait un Grand prêtre conforme à son engagement,  cruel, tranchant sans haine cependant. Un artiste hors pair .

Quinn Kelsey est un peu jeune d’allure et de composition pour le personnage aussi dense et caractériel d’Amonasro le père d’Aïda et roi d’Éthiopie. Il chante bien. Sa technique vocale est impeccable. Mais son approche du personnage  assez superficielle manque de poids et d’intensité.

Le Ballet est bien exécuté avec de bons éléments.

L’orchestre est une pure merveille de sonorités équilibrées et virtuoses. L’osmose avec les chanteurs irréprochable. Christian Thielemann , accompagne et porte cette partition avec une délicatesse, un raffinement et une sobriété de gestes remarquables. Son attention  constante et vigilante donne à la partition sa nervosité et sa grandeur comme elle en révèle les instants de mystère et de douceur. Cet habitué de Wagner et de Brückner dont il signe des interprétations magnifiques, sait prendre ici un chemin ensoleillé , parfois aérien pour honorer une partition réputée  délicate. Par l’amplitude de ses changements de climat, certains de ses aspects claironnants( triomphe des armées). Il réussit avec cet Aïda un défi d’une exceptionnelle versatilité.

En avant spectacle l’orchestre a joué l’hymne national d’Ukraine

Vous pouvez voir et entendre ce spectacle sous titré à votre portée sur ARTE concert

Un aperçu de la production et des entretiens avec les artistes se trouve sur le site du Semperoper de Dresde

 Amalthée

Historique

Aida fut commandé par Ismaïl Pacha à Verdi pour l’inauguration de l’opéra khédival du Caire et pour les fêtes de l’inauguration du Canal de Suez. 

La première représentation eut lieu le 24 décembre 1871, après dix mois de retard  et  bien des vicissitudes.   En particulier le blocage des décors et costumes à Paris par le siège .

Le livret qui fut écrit par Antonio Ghislanzoni suit une intrigue d’Auguste Mariette

l’archéologue qui se soucia à la demande de Verdi de faire construire les décors et créer les costumes.

Comme l’inauguration du Caire le révulsait – il s’y trouva beaucoup d’hommes politiques et de  dignitaires de tous bords et de “mondains“-  Verdi  n’assista pas à la Première du Caire. Il se débrouilla pour éviter Bologne qui vit la première italienne . Et  s’offrit le luxe de considérer la première européenne avec la représentation de la Scala de Milan le 8 février 1872. Comme au Caire et à Bologne ce fut un immense succès. C’est également l’opéra qui rapporta le plus beau cachet à son compositeur.

Amalthée

Article visible sur mon site www.amalthee-ecrivain.info

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



[1] Jupiter rend fous ceux qu’il veut perdre

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