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 Opéra d’État “Unter den linden“ Berlin

Un DVD de BelAir classics

 

 

La salle berlinoise “Unter den Linden“ a toujours été un haut lieu de la représentation

d’opéra en Allemagne et en Europe . L’esprit et les caractéristiques nationaux y sont pratiqués sans complexe de supériorité avec le plus de fidélité possible tout en laissant une large part à la modernité , comme au partage avec d’autres origines, dans un climat de travail au service de l’art lyrique dont sont exclus les stigmates du show business et du vedettariat.

J’aime cette ambiance un peu sévère qui n’empêche nullement les talents les plus exceptionnels de se développer et au final de triompher pour offrir à l’amateur attentif une véritable communion avec les œuvres .

Daniel Barenboim , pianiste virtuose et chef d’orchestre d’envergure internationale , salué et admiré pour son engagement artistique incomparable et son humanisme universellement sans équivoque, dirige à Berlin depuis 1992 [1]. Le voici  donnant rendez vous au metteur en scène inspiré de façon très personnelle[2] et auréolé d’un nuage de scandale judicaire , mais  désormais célèbre Dimitri Tcherniakov pour une production de Tristan und Isolde. Représenté à Berlin en 2018 et mis en DVD en 2022. Chanté en langue originale et sous-titré en six langues.

L’œuvre représente dans le parcours du compositeur une étape cruciale . Composé en 1859 ,  pendant et après sa rencontre avec Mathilde Wesendonck [3] , Tristan et Isolde sera représenté à Munich au théâtre de la Cour de Bavière en 1869.  C’est Hans von Bulow qui assure la direction d’orchestre. La partition poétique, dramatique, musicale agrège une la majeure part des avancées wagnériennes dans sa quête continue de “l’art total“ . Fondant la partition musicale apurée et sublimée, les thèmes du drame, l’action, ses interprètes, et  leurs visions  en un jet puissant irrépressible, continu, fluctuant associant l’idée fondamentale dramatique à son évolution vers la catharsis. Dans l’histoire de la musique occidentale, que l’on aime Wagner ou que l’on ne veuille pas le connaître, il y a un avant Tristan et un après.

L’argument tient en quelques phrases. Tristan noble chevalier de Bretagne a combattu  pour le Roi Mark souverain de Cornouailles l’Irlande. Il a tué son défenseur Morold, alors fiancé à Dame Isolde princesse et magicienne guérisseuse. Un morceau de l’ épée de Tristan  étant demeurée dans la tête de Morold, tranchée et expédiée en Irlande à Isolde comme trophée de victoire. La Dame ensuite amenée à soigner Tristan (qui se cache sous le surnom de Tantris ) en conçut une haine mortelle que le Regard échangé entre ces deux êtres éperdus transforme en un flamboyant amour et désir impérieux qui se loge dans l’inconscient des deux, alors que la guérison et le départ de l’un le fait disparaître aux yeux de l’autre.  

Plusieurs années s’écoulent qui rendent veuf le Roi Mark bientôt pressé par les siens de convoler à nouveau…Alors en Tristan sourd l’idée de requérir la Princesse d’Irlande Isolde pour la donner en épouse à Mark. Et il va chercher la Princesse. Qui ne prend pas ce mariage comme un honneur et gage de paix pour son pays, mais comme une insulte.

De sa mère elle tient le secret des filtres de mort et d’amour. La suit dans le voyage sur le bateau que conduit Tristan , Brangaene. Isolde exige que Tristan boive avec elle le filtre de mort qu’elle a préparé. Brangaene échange le filtre. Mais le Regard déjà parle et l’amour rejaillit entre les deux êtres qui iront jusqu’au bout de son accomplissement la mort, la mort des deux dans l’assouvissement de cet impossible et brûlant amour.

La mise en scène de Tcherniakov place cette tragédie, mythe et légende née au temps de la Chevalerie et des récits du Roi Arthur, à l’ époque juste antérieure à la nôtre.

Les décors et le costumes sont contemporains de l’avant- guerre mondiale(1939). Ce qui importe assez peu. Est marquante,  la direction d’acteurs,  fluide et  soutenue qui, leur laissant une liberté concertée avec le Directeur d’orchestre, Daniel Barenboim, assure à  leur jeu, leur prestation vocale et musicale et  les rapports entre eux , une réalité transmissible profondément efficace et heureuse pour la compréhension du drame, qui va et vient admirablement réglé. Surtout  entre les deux principaux protagonistes, les autres acteurs chanteurs étant là souvent  comme “témoins“., bien agissant tout de même.  À la manière d’un flambeau de feu et de glace , Isolde puis Tristan vont être en action avec les autres , mais juste ce qu’il faut…En réalité ils sont sur le devant de la scène et les oreilles comme les regards sont braqués vers ce couple qui retrouve, reprend , brasse et boit en phrases et  mots chantant, le mystère, le filtre,  venu du fond de l’âme et du temps que nous voudrions tous connaître, consciemment ou inconsciemment :l’Acte d’Amour total qui conduit à la béatitude de la Mort.

 Anja Kampe, caractérise son Isolde, donnant le départ de l’action tragique par un engagement magnifiquement chanté et joué d’une voix  angélique et puissante, impeccablement colorée et musicalement parfaite. Sa diction, son phrasé sont d’une instrumentiste vocale. Elle est Isolde ! Elle parvient à incarner la force de caractère de l’Isolde légendaire, princesse irréductible, guerrière vengeresse . Et cependant choisit de se laisser emporter vers l’amour mortel auquel elle aspire et qu’elle désire vivre sans partage, sans hésitation.

 Andreas Shager depuis son Rienzi en 2011 à Meiningen (Allemagne) et son engagement à  Minden en 2012 pour son premier Tristan comme  pour un Siegfried [4] triomphal au festival de Lucerne en 2013[5] , poursuit une carrière wagnérienne d’un caractère  rare. Excellent acteur et vocalement très doué,  il incarne ses personnages avec aisance et naturel, apportant la touche personnelle indispensable à demeurer  fidèle à la partition . Son Tristan ici est absolument exceptionnel. La voix ne bouge pas, toutes les couleurs et les inflexions sont perceptibles et vrillent l’âme de l’auditeur . Sa quinte supérieure est souple et puissante en douceur sans une once de cris. Quelle beauté dans l’expression ! Sa manière de céder à l’invitation d’Isolde, puis son égarement apparent sont d’une lisibilité absolue. La deuxième acte atteint des sommets de force et de délicatesse d’expression, d’abandon prémonitoire et de force inimaginables. Mais c’est surtout le troisième acte qui porte cet artiste au sommet de son génie d’interprète.Chaque seconde est un moment de communion avec lui ! Ce Tristan sublime avançant vers la Mort libératrice !Nous émeut jusqu’au fond du cœur .  À un moment , nous assai spectateurs “nous entendons la lumière“.

Quel bonheur que cela ait pu être filmé.

Le Roi Mark est l’ excellent Stephen Milling dont la taille est impressionnante,  la voix comme le jeu parfaits. Ekaterina Gubanova campe une Brangaene intéressante, musicalement très en place mais manquant de profondeur et de couleur das les notes graves.

Une mention spéciale pour le Kurvenal de  Boaz Daniel qui tant par  le caractère sobre et stylé de son jeu de scène, que par son chant absolument remarquable vocalement et musicalement,  parvient à donner à ce rôle une importance marquante . Il exprime avec justesse tout le dévouement, la complicité affectueuse , l’amitié,  la fidélité des rapports entre lui et Tristan. Vocalement et musicalement cet artiste possède la vitalité et la puissance d’un baryton basse de belle stature à revoir et entendre dans d’autres personnages.

Daniel Barenboïm conduit l’orchestre et les chœurs de la Staatskapelle de Berlin d’une façon magnifique. Ses gestes parfaitement mesurés et ses regards invitent chacun à son rôle, à son jeu à l’accomplissement d’une œuvre magique et sublime. Il est à la fois celui qui déclenche et redonne vie à l’œuvre et à son partage et celui qui comme nous assiste à son déroulement !

Presque quatre heures  de rêve, hors du monde dans l’inconscience et le mystère construit par le magicien qui écrivit sur les esquisses de son œuvre :

Bienheureux .Arraché à la douleur. Libre et pur. Toujours à toi. Les lamentations de Tristan et Isolde, dans le chaste langage d’or des sons, leurs larmes, leurs baisers. Je dépose tout cela tes pieds. Afin qu’ils célèbrent m’a porté si haut !  Richard Wagner .

Amalthée

BelAir Classics

Tristan und Isolde de R.Wagner en DVD

 

 



[1] Il a été nommé pour dix ans à la salle Unter den Linden

[2] Poursuivi par les ayants droit de Francis  Poulenc et de G.Bernanos à propos de la production en 2013 du Dialogue des carmélites .

[3]  épouse du très riche drapier habitant Zurich ayant offert l’hospitalité à Wagner à Zurich

[4] Au pied levé en replacement

[5] Année du bicentenaire de Wagner

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