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Christian Thielemann et l’Orchestre de Dresde recueillent l’héritage du fondateur avec :

Parsifal de R.Wagner pour les  Pâques musicales à Salzbourg

Une direction musicale somptueuse en complicité avec l’Orchestre de Dresde superbe et incomparable.

Cependant la mise en scène torturée et insipide force à se poser la question :

Où sont les chemins de l’éternité pour le testament de Richard Wagner ?

 

 

Le Chef Christian Thielemann prend la direction du Festival de Pâques à Salzbourg en cette année 2013, jubilé de la naissance du compositeur R.Wagner.

L’orchestre de la Chapelle saxonne de Dresde étant l’hôte pour deux cycles de quatre journées entourant le Dimanche des Rameaux pour le premier et le Dimanche de Pâques pour le second.

Nous attendions en tout premier lieu la représentation du Drame sacré Parsifal, ultime pièce et testament artistique de Wagner. Avec curiosité et non sans quelque hantise bien légitime en raison de la mise en scène.

Le problème mondial des représentations d’opéra, le motif fondamental du mécontentement général des spectateurs[1] vient d’interprétations du texte et des livrets mis en situations souvent loufoques et parfois ridicules ou ineptes que certains Directeurs de théâtre s’acharnent à programmer sans égard pour les spectateurs. Si ce n’est pour les compositeurs et librettistes, car tout de même ce sont avant tout leurs œuvres ! Et les voici et voilà qui concoctent avec des “théâtreux “souvent incultes sur le plan musical, voire même théâtral ou linguistique des charivaris et autres désordres qui n’ont de mises en scène que le nom.

Nous avons assisté à Salzbourg, à un spectacle assez supportable, bien que les options prises sur les costumes, les décors et l’action des personnages ne soient pas très en phase avec une lecture intelligible de l’œuvre. Encore moins intelligente.

Michaela Schuster nous place dans un univers extra terrestre et biologiquement correct. Les chevaliers du Graal sont cosmonautes .La forêt qui entoure Monsalvat s’élève en colonnes de plastique transparent qui peu à peu s’emplissent de matière liquide opaque blanche, beige veinée de marron pour en fin de parcours simuler le marbre .Le blanc domine cet univers glacial du premier acte. Nous sommes en hiver .Cela nous le savons par la musique et les paroles explicites .Pourquoi se placer au degré zéro de l’interprétation scéniques  comme si nous étions des gamins à l’école maternelle?

Deuxième acte le miroir de Klingsor est une plaque horizontale servant de plafond de scène d’où descendent des têtes de statues placées à l’envers. Sur scène d’autres statues blanches posées à même un sol de couleur claire. Grèce antique, Rome. Angkor également. Évocation de l’idéal de la civilisation grecque chère à Wagner comme aux allemands, de Rome sa descendante et clin d’œil à Schopenhauer dont la pensée influencèrent fortement le compositeur. Mais c’est un jardin sans fleurs ni couronnes !

Les Filles fleurs ressemblent à des majorettes… Parsifal entre dans cet espace minéral avec une équipe de partenaires dont la présence contredit l’esprit du drame. Je rappelle que Parsifal parvient chez Klingsor après un parcours initiatique, donc une succession d’épreuves, qui l’ont amené à son point de complétion qui doit lui permettre d’accomplir sa perfection. Or la solitude seule est riche d’enseignement dans cette situation. Parsifal attifé de son pyjama ridicule à feuillage, sans armes se présente tel qu’aucune transformation ne semble l’avoir atteint ! Les partenaires jouent les paparazzi autour des “nanas “qui se dispersent alors qu’elles devraient toutes chercher à étourdir de lascivité, d’érotisme notre Parsifal qui je le rappelle est “chaste fol “.

Le personnage capital de Klingsor s’affiche par une neutralité affligeante.

Kundry n’est pas dirigée pour faire grande impression non plus, encore que sa robe soit le meilleur costume de la production .Quant aux éclairages il sont indigents. Les contrastes n’existent pas. Tout est éclairé “a giorno “et aucun effet ni nuance n’intervient dans le déroulement scénique.

Troisième acte ! C’est le Pompon ! Un plan incliné sur lequel repose des cadavres et des gens qui viennent dormir et se réveillent on ne sait plus pourquoi ! Les choeurs arrivent sur les côtés habillés de noir et par bonheur comme ils chantent magnifiquement oublie que sur scène il ne se passe rien. Sinon qu’Amfortas le seul “acteur “authentique de cette production crève l’écran et accomplit un prodige d’interprétation d’une rare intensité et d’une vérité bouleversante.

Nous passons aux chanteurs :

Le (Parsifal) interprété par John Botta timbre superbe, ambitus royal et technique musicale et vocale sans faille, accomplit un parcours sans faute pour cette partition exigeante et tendue. Dire que le charisme et l’impact émotionnel sont au rendez-vous…Il semble que nous ayons le texte et la musique, mais que l’imprégnation psychologique du personnage sur le chanteur soit très loin. La direction des acteurs minimisante, complétement dénuée d’intérêt sans soucis d’adéquation intime du personnage au chanteur se montre incapable. Ce ténor rare et talentueux en bien des points donne l’impression de ne pas reconnaître un environnement qui l’inspirerait à dépasser la simple prouesse vocale.

Un seul chanteur a porté le drame sur ses épaules ! Wolfgang Koch qui campe un Amfortas pathétique, hors de l’espace et du temps, lacéré et secoué en permanence par l’idée du rachat de sa faute, tantôt glissant vers la mort tant souhaitée, puis sursautant écartelé, ivre de douleur intérieure et physique. Il parvient à lier expression et style dans une plainte récurrente, développée par la maîtrise d’une musicalité affligée et la constance de l’expression primordiale d’une déréliction maudite et désespérée. Et malgré ces nuances chargées de travestir la beauté du timbre et de la ligne, nous sentons la qualité intrinsèque d’une voix et d’une technique sans défaut.

Pari assez rare nous entendons Wolfgang Koch enKlingsor, le Chevalier du Graal maudit qui prend au piège les autres Chevalier dans son Jardin magique. Composition complémentaire, car nous avons ici deux faces de l’expiation. Klingsor se punit par avance afin de ne pas céder à la tentation charnelle .La composition est plus réservée pour le chanteur qui demeure, en raison de la mise en scène plus en retrait de son rôle. Mais la vocalité est cependant parfaite.

Wolfgang Koch, appartient à la lignée des grands barytons bas allemands versatiles et puissants tel que Bernd Weikl, Karl Ridderbusch ou Hermann Prey. Il possède le sens absolu de son personnage et l’expérience des variations de styles.

Le Gurnemanz de Stephen Milling passe haut la voix le premier acte. Le timbre assez neutre ne rayonne pas beaucoup mais la diction et l’expression sont exactes.

Je préfère et de loin le jeune Micho Borovinov dont le timbre doré et charnu, la souplesse expressive et l’engagement auraient mieux convenu à Gurnemanz qu’au Titurel mourant qu’il a campé de façon authentique et magistrale.

Nous voici en fin de parcours avec le commentaire sur  Kundry ! Je ne peux pas dire que Michaela Schuster soit défaillante. Son premier acte-pas très difficile-est bien conduit vocalement. Scèniquement il n’y a aucune recherche de caractère personnel. Au deuxième acte, le plus important pour elle, sa prestation m’a laissée froide. Embarrassée dans sa composition scénique et émettant d’une voix assez monocorde où les aigus sont parfois décalés, elle semble juste sur le souffle et son émission manque d’assurance. Son appel “Parsifal “… alors qu’elle révèle au jeune homme chaste et fol, son nom, ses origines etc. Tombe au lac ! S’étiole et se volatilise au dessus de l’orchestre et ne produit rien !

Cette montée ample, escarpée, inflexible, irrésistible, pulpeuse, moirée, perlée, sensuel et effrayant de beauté noire. Cet appel doit avoir la puissance d’un cri dénué de stridence. Il doit prendre à corps et âme celui qui l’entend et l’attend comme une promesse. En le paralysant, faisant monter l’adrénaline et battre les trempes  et tituber ! Raté. Il faut qu’elle demeure dans l’Oratorio cette dame. Ce qui n’a rien de péjoratif. Mais pour incarner une Kundry de caractère en fonction de sa propre personnalité il faut acquérir une mesure de talent et de don de soi de plus.

Grand vainqueur de cette production “souvenir “[2]Le chef Christian Thielemann. Il a dit, sans ambages animées d’une sincérité et de la foi d’un homme de talent et de cœur à quel point il aimait cet orchestre de Dresde. Le plus ancien d’Allemagne, pour beaucoup de loin celui dont le caractère et l’authenticité le rende plus cher au cœur des mélomanes.

Son Parsifal, comme tous ses engagements dans les opéras de Wagner porte sa griffe, sa volonté et son autorité naturelle .Un chef qui partage avec ses musiciens, ses émotions, ses élans, ses sentiments. Nous avons vécu des instants de pure élégie, d’une douceur infinie, des affres d’un lyrisme déchaîné qui s’arrêtèrent au bord de l’abîme. Par instants nous n’étions plus là, ainsi à une entrée des chœurs, au dernier tableau du premier acte comme au dernier tableau du troisième, des cataractes, des fusions d’instruments d’une intensité et d’une portée céleste et infernale nous ont bouleversés ! Sans doute si le paradis s’était ouvert à nous à ce moment là, y serions nous entrés en aveugles!

Il a conduit ces quatre heures avec la ferveur, la flamme et la fermeté une obédience passionnée et raisonnable au génie de Wagner. Il  semble à chaque  découvrir son miracle obsèdent de beauté, prégnant d’une émotion étourdissante et  réconfortante à la fois. Ce fut impérial et sacré. Ce fut inoubliable.

Il a conduit solistes avec une acuité et musicalité, complice et j’ai préféré fermer les yeux devant les images pour parvenir à comprendre que tous avaient à cœur de représenter cette œuvre admirable et unique. au point optimal de leurs capacités.

La vocation de Christian Thielemann est de pas imiter ,ni copier ,mais d'ouvrir des chemins jusqu'alors inconnus qui se refermeront à jamais Cela s'appelle l'enchantement...Un moment partagé qui à jamais s'enfuit, le bonheur trouvé qui immédiatement devient souvenir impalpable. C’est en cela qu'il peut avaloir hérité de Herbert von Karajan.

J’ai refait le pèlerinage à Salzbourg à Pâques après vingt années .J’ai repris ce chemin pour entendre un chef et un orchestre. Je suis comblée. Malgré tout Salzbourg demeure une des rendez –vous majeur pour les mélomanes.

Amalthée

 



[1] En dehors de certains Bobos et autres snobinards et snobs

[2] Christian Thielemann fut l’assistant de Karajan en 1981 lors de la production réalisée par ce dernier 

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Hélène Cadouin dite "AMALTHÉE"

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