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Opéra d’Avignon

 Roméo et Juliette de Charles Gounod

Sonya Yoncheva, l'éblouissante  Juliette 

Cela se passe dans une bibliothèque de style Victorien. Un escalier légèrement centré sur la gauche sert de balcon .Les rayonnages rappellent que la littérature anticipe la musique depuis la nuit des temps de l’opéra.

 

La mise en scène fonctionnelle fait la part du modernisme et de la nécessité de frapper les esprits par l’actualité toujours brûlante de drames et tragédies liées à l’amour et aux intérêts. Elle est signée Paul Emile Fourny avec des décors de E.Favre.

 En rappelant que, même à présent, l’amour de deux êtres  épris pour exceptionnel, exclusif ou follement émouvant  qu’il soit ne triomphe jamais ! C’est l’impossibilité de convoler et de perdurer qui fait de l’amour un objet unique et rarissime.

Les plus belles amours sont de courte durée…ou alors ce sentiment prolongé ne porte plus le même nom !

Avec Roméo et Juliette nous sommes bien dans le domaine littéraire car W.Shakespeare a repris à son compte cette tragique histoire des Amants de Vérone de Matteo Bandello

Charles Gounod s’écarte assez peu de cette ligne et dans le livret nous retrouvons l’esprit imprimé par le grand dramaturge anglais. Ce mélange de pureté absolue du sentiment amoureux qui isole presque les deux très jeunes gens, la furie qui étreint à les étouffer presque, les autres membres des deux clans rivaux Capulet et Montaigu, leur détermination à renouveler l’assassinat à chaque génération et la désolation qui étreint les témoins et les amis des uns et des autres.

Avignon programmait pour sa fin de saison cet ambitieux titre qui exige un plateau d’un niveau assez exceptionnel le rôle de Roméo requiert un ténor lyrique armé d’un timbre suave et charnu possédant la jeunesse et l’expérience d’une partition longue qui sollicite la quinte aigu et le phrasé délié du chanteur.

Le rôle de Juliette comporte la fameuse ariette :Je veux vivre ,en forme de valse, qui ne peut en aucun cas être confiée à un soprano léger bien que la jeune fille représentée ait une quinzaine d’années.Et c'est le quasi miracle qu'accomplit la jeune Sonya Yoncheva dans ce rôle,accomplir les parties soutenues et tendues du rôle avec la force d'expression totale  d'une âme de grand caractère. 

L’orchestre fait la part de passages lyriques d’une veine lyrique somptueuse et les Choeurs  également fournis et amplement distribués sur tous les pupitres.

La soprano italienne prévue Patrizia Cioffi ayant déclaré forfait ce fut la  jeune soprano bulgare Sonya Yoncheva qui vint heureusement la remplacer.

Grande et belle d’allure, une chevelure en parfaite harmonie avec  son personnage, il émane d’elle un charme naturel et une élégance souple  anticipant la voix admirablement bien posée. Sa prononciation  française est parfaite, son phrasé élégant et elle maîtrise cette partition avec toutes  les nuances de style et d’expression attendues.

Les aigus sont bien conduits et passent largement l’orchestre, le legato rêche, révèle une absence de vibrato et d’harmoniques  tandis que le souffle semble inépuisable. Le timbre manque de caractère et de suavité .Mais la prestation demeure remarquable.

Florian Laconi campe un Roméo bien en chair et en voix. Ce ténor lyrique à la voix gainée de  bonne tenue, possède un  timbre  chaleureux aux inflexions suaves, une énergie remarquable. Par moment son phrasé est un peu abrupt et ses aigus souvent  lancés au hasard. Ils pourraient être parfaits avec un travail plus approfondi. Voici un chanteur aux moyens d’exception qui se contente de plaire au plus vite, alors que prenant le temps de raffiner ses qualités il pourrait atteindre  à une élégance et à une subtilité expressive et théâtrale plus remarquable.

Isabelle Vernet  chante Gertrude comme une gamine qui a passé l’âge ! La voix pourtant conserve de beaux atouts.

Pour épisodique que soit sont rôle Jérôme Varnier se montre excellent en Père Laurent.

Alexandre Duhamel, hélas sort très tôt de scène car il est Mercutio ! Et il est excellent tant sur le plan scénique que vocal.

Le Stephano de Marie Lenormand manque de profondeur et de timbre. Voici une mezzo qui manque de couleur et de souplesse au médium. Pourtant l’expression est juste et elle joue bien.

Christophe Fel  mériterait d’être plus souvent distribué car il se montre convaincant en Comte Capulet .Doté d’une autorité naturelle et d’un sens théâtral naturel il chante également avec élégance de persuasion.

Le chef d’orchestre Alain Guingal  qui dirige  le répertoire français dans de prestigieuses salles, aime toujours revenir  dans sa ville natale pour à nouveau rencontrer l’Orchestre d’Avignon. Toujours très précis et clair dans sa battue bien que souffrant d’un problème de bras, il  accorde un accompagnement souple , ferme des pupitres, avec une sollicitation parfaite des solis instrumentaux et un soutien aux chanteurs d’une remarquable efficacité.

Un bon nombre de spectateurs, dont je suis, auraient été heureux sans le Ballet (véritable cheveux sur la soupe !) qui fut d’un ennui absolu.

Une soirée réussie pour une œuvre délicate et forte, dont la longueur fait le succès et les Airs très connus bien chantés un régal.

Nous reverrons avec un indicible bonheur la jeune et charmante Sonya Yoncheva dans une autre partition,ainsi que Florian Laconi.

Amalthée

 

 

 

 

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